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Des avions, des villages et des hommes

Le 4 mars 1944 en fin d’après-midi, vers 17 h 15 un bombardier lourd américain B-17 Forteresse volante s’écrasait dans la campagne de Saint Symphorien au lieu-dit « la paneterie » le long de la route Mons-Binche, à la limite de Villers-Saint-Ghislain.

Cet avion sans pilote est un Boeing B-17 Flying Fortress modèle B-17 G-20-BO, numéro de série 42-31565, identification OE-U, baptisé « Lassie Come Home ». C’est une unité du 335th Squadron 95th Bomber Group 3rd division de la 8th armée de l’air américaine.

Cet appareil avait participé au premier bombardement diurne de Berlin par l’aviation américaine ce samedi 4 mars 1944. Il avait décollé le matin de la base U.S.A.F. n°119 située à Horham dans le Norfolk, en Angleterre. L’objectif qui lui était assigné était l’usine de magnétos Robert Bosh à Klein Marchow dans les faubourgs de Berlin.

Le vol et le crash

À peine les avions avaient-ils décollé qu’ils subissaient déjà les assauts de la flak des bateaux allemands dans la Manche et des chasseurs Bf 109 et FW 190 au-dessus de la France et jusqu’à Berlin. Le B-17 n’avait plus que trois moteurs lorsqu’il arriva sur l’objectif. Il parvint néanmoins à larguer ses 500 livres de bombes incendiaires, mais les portes de la soute à bombes restèrent coincées en position ouverte.

 

Selon le rapport officiel, l’avion a été signalé au-dessus de l’objectif à 13 h 24. « Immédiatement après avoir largué ses bombes, l’appareil vira lentement vers la gauche et amorça une descente rapide mais contrôlée ». D’après Thomas Yankus, au retour, le B-17 fut durement touché aux environs de Magdebourg par la DCA et la chasse ennemie. Un deuxième moteur, le n°1, était détruit, un réservoir était atteint et l’avion perdait son carburant par « un grand trou dans l’aile ». L’appareil dut quitter la formation et la protection des chasseurs d’escorte, P-51D Mustang. Deux Spitfire anglais revinrent en arrière pour couvrir l’avion en perdition mais considérant que le B-17 était trop mal en point pour rallier sa base, ils rejoignirent la formation.

 

Malgré tous leurs efforts, Chuck Strackbine et Thomas Yankus ne parvinrent pas à refermer les portes de la soute à bombes. L’appareil tentait de rallier l’Angleterre au plus court mais il perdait le carburant du réservoir de l’aile gauche perforée par la flak. Le copilote, David Wolter tenta de transvaser le précieux liquide vers le réservoir intact de l’aile droite, mais fit malheureusement la manœuvre inverse. Un nouveau système de robinet avait été installé quelques jours auparavant et Wolter n’en connaissait pas bien le fonctionnement. Il se rendit rapidement compte de son erreur et parvint finalement à transvaser la majeure partie du carburant restant vers le réservoir de l’aile droite. La situation se dégradait très rapidement. Le bombardier perdait progressivement de l’altitude et on « balança par-dessus bord » tout l’équipement qui pouvait l’être mais en vain. L’avion continuait à perdre de l’altitude. Inutile d’envisager un amerrissage. Avec sa soute à bombes ouverte, l’avion soit coulerait, soit se briserait en deux. Il est 16 h 20, l’appareil vole à 10 000 pieds et le pilote, Rodney Roehm donne l’ordre d’abandonner le bombardier.

Le premier à sauter fut Emory Kestersen, le mitrailleur de queue qui, la jambe gauche déchirée par les projectiles ennemis, se traîna jusqu’à la soute à bombes et se laissa tomber dans le vide. Ce fut ensuite le tour du mitrailleur latéral gauche, Floyd Noullet. « Floyd alla jusqu’à la soute mais ne voulait pas sauter. Le pilote me demanda de le pousser, ce que je fis. Cela sauva la vie de Floyd » raconte Chuck Strackbine. Une fois l’avion évacué, Strackbine a prévenu le pilote et a lui-même sauté.

Le pilote, Roehm, a enclenché le pilote automatique et a sauté à son tour. Malheureusement, le parachute de John Wesp, le mitrailleur latéral droit, ne s’ouvrit pas. Il s’écrasa au sol.

D’après les témoignages d’Eugène Purnell et de Donald Egan, l’avion survolait le Nord de la France lorsque les aviateurs ont sauté, vraisemblablement dans les environs de Cambrai. Pour le navigateur Pearson c’était plutôt au nord de St-Quentin. Toujours est-il que les neuf survivants atterrirent sains et saufs, dispersés dans la campagne française de l’Avesnois et du Cambraisis.

En 2004, Dave Wolter copilote revient en France et en Belgique. Il est ici avec Philippe Save sur le champ où son avion a atterri sans l'équipage.

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